La gestion des déchets des oliveraies de la région de Baena est devenue critique et exige des solutions urgentes. Ces dernières décennies, le secteur est passé du rejet des eaux usées des moulins à huile dans les rivières à leur accumulation dans des milliers de bassins. Or, l'évolution des systèmes d'extraction de l'huile a généré un marc d'olive à la teneur en humidité si élevée que les méthodes de séchage traditionnelles ne suffisent plus. Cette situation a mis en évidence la nécessité de développer des systèmes plus modernes et durables permettant l'élimination de milliers de tonnes de sous-produits sans compromettre l'activité des moulins à huile locaux.
Dans ce contexte, la proposition d'Oleícola El Tejar, en partenariat avec Vorn Bioenergy et Greenar, apparaît comme une bouée de sauvetage pour éviter ce que de nombreux experts qualifient déjà d'effondrement industriel imminent. L'initiative vise à transformer ces déchets en énergie propre, plus précisément en biométhane, grâce à un procédé qui promet de devenir une référence en matière d'économie circulaire en Andalousie. Cependant, le projet n'est pas sans susciter la controverse, alimentant un vif débat entre les besoins techniques des agriculteurs et les préoccupations environnementales des riverains.
Une solution technique pour empêcher la fermeture des coopératives

Le président d'Oleícola El Tejar a clairement indiqué que les installations de séchage actuelles atteignent leurs limites. Sans nouvelles infrastructures, l'excès d'eau contenu dans les sous-produits empêchera les moulins à huile de continuer à recevoir les olives, les obligeant à laisser la récolte sur pied lors des prochaines saisons. La future usine de biogaz n'est pas envisagée comme un caprice commercial, mais comme un outil essentiel pour éviter que l'activité économique de Baena ne s'arrête brutalement en raison de l'accumulation de déchets désormais impossibles à gérer comme auparavant.
Le consortium à l'origine du projet affirme que 85 % des matières premières acheminées vers l'usine seront exclusivement des eaux usées de moulins à huile d'olive (alpechín) et du marc d'olive (alperujo) provenant directement de la filière oléicole. Ceci réfute catégoriquement les allégations selon lesquelles il s'agirait d'une décharge urbaine. La technologie qu'ils envisagent de mettre en œuvre est déjà utilisée avec succès dans des pays comme l'Allemagne, où des milliers d'usines similaires coexistent avec les zones urbaines sans engendrer de problèmes de santé ni d'odeurs désagréables, grâce à un procédé entièrement clos.
Technologie de pointe et raccordement au réseau de gazoducs
Le projet prévoit un investissement important non seulement dans le traitement du gaz, mais aussi dans sa distribution. La société Nedgia Andalucía a déjà déposé une demande de déclaration d'utilité publique pour la construction d'un pipeline d'un peu plus d'un kilomètre qui reliera l'usine au réseau de gazoducs existant . Ce projet, dont le budget s'élève à environ 437 000 €, permettra d'injecter directement le biométhane dans le réseau, transformant ainsi un déchet problématique en un combustible répondant aux mêmes normes de qualité que le gaz naturel conventionnel.
L'infrastructure sera dotée de systèmes de contrôle de pointe permettant de surveiller la qualité du gaz en temps réel. Grâce à l'utilisation de chromatographes et d'analyseurs, seul du biométhane répondant à des exigences strictes sera injecté, garantissant ainsi la sécurité de l'ensemble du système . De plus, les travaux de raccordement devraient durer seulement trois semaines, minimisant ainsi les perturbations sur le site et assurant la restauration complète de la végétation après l'installation des canalisations en acier haute pression.
Soutien scientifique et avantages environnementaux

L'Université de Cordoue est devenue un allié essentiel pour valider la viabilité du projet. Les chercheurs du Groupe Biocarburants affirment que le passage de la combustion traditionnelle à la digestion anaérobie représente un progrès technologique majeur . Il ne s'agit pas seulement de produire de l'énergie, mais aussi de récupérer de l'eau pour l'irrigation et de générer des digestats, une nouvelle génération de biofertilisants qui seront réutilisés dans les oliveraies, bouclant ainsi efficacement le cycle de la matière organique.
Pour rassurer les habitants de Baena, les techniciens ont expliqué que l'usine utilisera des systèmes à ultrasons et à nanobulles afin de neutraliser toute émission d'odeurs potentielle. De plus, l'impact sur la circulation routière sera minime comparé à une huilerie traditionnelle ; alors que ces dernières peuvent voir passer des centaines de camions par jour en haute saison, l'usine de biogaz ne générera que huit à dix trajets quotidiens. C'est un moyen de professionnaliser la gestion des sous-produits sans surcharger les routes locales.
Le front d'opposition et les allégations municipales
Malgré les avantages mis en avant, le projet se heurte à une forte opposition sociale et institutionnelle. Le conseil municipal de Baena, sous l'impulsion de son maire, a déposé des objections techniques et juridiques contre le permis environnemental. La principale préoccupation concerne la protection du patrimoine archéologique et du paysage , ainsi que la crainte, chez certains habitants, qu'une installation de cette envergure n'ait un impact négatif sur le tourisme ou leur qualité de vie. Des associations comme Écologistes en action se sont également mobilisées, déposant des dizaines de documents pour bloquer ce qu'elles considèrent comme une méga-usine présentant des risques environnementaux.
Cette controverse a conduit le conseil municipal à proposer un plan de réglementation spécifique des énergies renouvelables afin d'encadrer ce type d'installations. Bien que la décision finale revienne au gouvernement régional d'Andalousie, le nombre d'objections des riverains témoigne d'un climat de méfiance que les promoteurs s'efforcent de dissiper par des réunions d'information et une transparence technique. L'association Iponubensis a également exprimé des inquiétudes quant aux dommages potentiels causés aux sites historiques, ce qui complexifie davantage les démarches administratives relatives à la centrale dans la région d'Amarguilla.
La situation critique de Baena illustre la difficulté de concilier progrès industriel et durabilité environnementale dans les régions à fort patrimoine agricole. Le secteur oléicole affirme qu'il n'existe aucun plan viable à long terme pour la gestion des sous-produits, tandis que certains habitants exigent des garanties absolues quant à la préservation de leur environnement. La résolution de ce conflit déterminera la voie de la transition énergétique au cœur de l'Andalousie , où la valorisation des déchets des oliveraies apparaît comme la seule solution pour que l'huile d'olive demeure le moteur de l'économie régionale sans être submergée par ses propres déchets.