
Après de longues démarches administratives et quelques retards qui ont semé le doute même chez les plus sceptiques, le projet Aguayo II semble enfin se concrétiser. L'arrivée des engins dans les vallées cantabriques ne se limite pas à un simple chantier de terrassement ; elle marque le coup d'envoi d'un projet d'infrastructure stratégique qui placera la région à la pointe du stockage d'énergie en Espagne. Ce projet, attendu depuis longtemps, voit désormais le jour grâce à la multinationale Repsol, qui a entamé les travaux préparatoires pour que cette installation devienne une réalité dans les prochaines années.
Ce complexe énergétique, déjà une référence dans la région, deviendra la deuxième plus grande centrale de ce type dans tout le pays. L’objectif n’est pas seulement de produire davantage d’électricité, mais de créer une sorte de gigantesque installation de stockage capable de gérer l’intermittence des énergies renouvelables. Les autorisations du ministère de la Transition écologique étant désormais obtenues et la déclaration d’utilité publique accordée, le champ est libre pour ce projet d’une durée d’environ quatre ans et demi, qui transformera radicalement le potentiel électrique du nord de l’Espagne.
Approbation institutionnelle et soutien financier de plusieurs millions de dollars

Pour qu'un projet de cette envergure puisse se concrétiser, le soutien institutionnel a été fondamental. Coordonner un investissement de 900 millions d'euros, dont 180 millions proviennent directement de subventions de l'Union européenne (compte tenu de son rôle clé dans la souveraineté énergétique du continent), représente un véritable tour de force. L'approbation finale du ministère de la Transition écologique et du Défi démographique (MITECO) a permis à l'entreprise de construction locale Copsesa d'entamer la préparation du terrain et des plateformes temporaires , démontrant ainsi que les retombées économiques se font déjà sentir pour les entreprises cantabriques dès le début du projet.
La résolution administrative concerne non seulement la centrale hydroélectrique elle-même, mais aussi l'ensemble des infrastructures d'évacuation nécessaires qui traverseront des communes telles que San Miguel de Aguayo, Molledo et Bárcena de Pie de Concha. Il s'agit d'un projet technique d'envergure visant à optimiser l'efficacité sans agrandir les réservoirs existants, un point crucial d'un point de vue environnemental. En effet, une grande partie des nouvelles machines sera installée sous terre , ce qui réduit considérablement l'impact visuel sur le paysage, une préoccupation majeure des riverains.
Ingénierie réversible pour un système électrique durable

Le fonctionnement d'Aguayo II est fascinant par sa simplicité technique et son immense utilité. Le système utilise deux masses d'eau situées à des altitudes différentes : le réservoir de Mediajo et celui d'Alsa. Lorsque le réseau électrique dispose d'un surplus d'énergie – par exemple, lors de journées très venteuses ou ensoleillées – la centrale utilise ce surplus pour pomper l'eau en amont. L'énergie est ainsi stockée sous forme d'eau dans le réservoir supérieur, prête à être libérée en cas de forte demande ou lorsque les ressources en eau potable sont insuffisantes pour alimenter le réseau.
La capacité de cette turbine atteindra 1 014 mégawatts, tandis que la capacité de pompage passera à 1 181 mégawatts. La puissance de l'ancienne centrale est ainsi quadruplée, permettant d'alimenter environ 800 000 foyers. Ce système réversible constitue un outil idéal pour éviter le gaspillage d'énergie renouvelable, un phénomène fréquent lors des pics de production que le réseau électrique national ne peut absorber. Il s'agit, sans aucun doute, d'un élément clé pour garantir l'autonomie énergétique de l'Espagne dans sa transition écologique.
Impact sur l'emploi et la vie quotidienne dans les vallées

Au-delà des watts et des mégawatts, ce qui compte vraiment sur le terrain, c'est l'impact que cela aura sur la vie des habitants. On estime qu'aux heures de pointe, près d'un millier de travailleurs œuvreront simultanément sur la montagne. Cela représente un défi logistique de taille pour les petits villages où l'offre d'hébergement et de restauration est limitée. Les hôteliers locaux se frottent déjà les mains, tout en restant prudents, car le manque de logements locatifs dans la vallée constitue actuellement le principal obstacle .
Malgré ces difficultés logistiques, l'espoir est palpable. Les recettes issues des permis de construire, qui pourraient atteindre environ 20 millions d'euros pour des municipalités comme San Miguel de Aguayo, constituent une bouée de sauvetage qui permettra d'améliorer considérablement les services municipaux. On espère que l'embauche de résidents locaux contribuera à fidéliser la population et à soulager les commerces qui souffrent depuis des années du déclin démographique, tels que les stations-service, les bureaux de tabac et les supérettes, qui verront leur clientèle habituelle augmenter avec l'arrivée des ingénieurs et des ouvriers du bâtiment.

La mise en service complète de cette infrastructure, prévue pour la fin de la décennie, consolidera la position de la Cantabrie comme acteur clé du réseau électrique européen. Grâce à une technologie respectueuse de l'environnement qui exploite les barrages existants et à un modèle économique garantissant sa viabilité à long terme, Aguayo II représente un équilibre entre développement industriel et préservation des paysages. Ce projet aura un impact économique positif, se traduisant par la création d'emplois et de revenus locaux, et assurera un approvisionnement en électricité plus stable et plus propre pour les générations futures, faisant de l'eau de ces vallées le moteur d'un avenir bien plus durable et moins dépendant des énergies fossiles.